
Flashback… de 20 ans en arrière
Il y a vingt ans, un dénommé « on ne sait comment » débarquait « on ne sait où » pour y faire « on ne sait quoi ». Flashback démarrait de la sorte et allait marquer l’histoire du jeu vidéo.
Malgré le néant à l’origine de son scénario, Flashback n’est pas né d’une page blanche. D’une part, son aspect cinématographique provenait d’un précédent titre de son développeur Delphine Software : l’iconique Another World aux minces qualités ludiques mais à l’énorme puissance de mise en scène. D’autre part, sa maniabilité rappelait celle de Prince of Persia, une superstar de l’époque dont la précision des commandes donnait vie à une formidable animation. En alliant ces deux influences, Flashback ouvrait les vannes de l’aventure jouable.
Des cinématiques au système de jeu, tout sentait le futur dans Flashback. Dans les années ´90, cet avant-gardisme justifiait l’usage d’un ton solennel à la hauteur des enjeux. Aujourd’hui cependant, la science-fiction réaliste et interactive est devenue une banalité pour les joueurs. La mode actuelle nécessiterait-elle de mettre une sourdine à cette ambiance sentencieuse ?
Toujours est-il qu’on est passé de ceci en 1993 :
« Mon corps allongé sur le sol est la première information introduite dans mon cerveau vierge. Dépourvu de tout repère, je me relève dans une jungle à la végétation inquiétante qui abrite une curieuse population. Si ma mémoire a disparu, mes forces ne m’ont pas quitté. Mon courage non plus, je le prends à deux mains pour reconstituer le puzzle de mon souvenir. Quoi que mon cerveau me cache, je le découvrirai au péril du peu qui me reste. »à cela en 2013 :
« Non, mais je le crois pas, qu’est-ce que je fous dans cette jungle ? Je me souviens de rien, mais je m’en tape en réalité. Tout ce que je veux, c’est me casser d’ici pour aller glander devant la téloche. Des aliens veulent envahir la Terre ? Ouais super… Quoi ? Ils ont pris ma gonzesse ? Raah, là vous m’avez vraiment mis la haine, je vais tous vous buter. »Voilà qui caricature à peine le changement d’ambiance opéré. Le héros sera pénible du début à la fin, et il vaudra mieux ne pas s’identifier à lui pour se donner une chance d’apprécier ce remake. Son côté lourdaud est hélas représentatif du traitement général appliqué à l’atmosphère initiale. Le détachement désamorce ainsi l’enjeu de l’histoire et nuit fortement à un aspect essentiel de Flashback : la classe. L’absence totale de charisme pourra énerver ceux qui redoutent la dénaturation des classiques. Toutefois, puisque le créateur historique est à la barre, on lui laisse volontiers le loisir de disposer de son oeuvre comme il l’entend. Et il ne manque pas d’idées pour « rajeunir » son bébé…
Partant du principe que l’expérience de Flashback n’est plus compatible avec la pratique moderne, l’équipe de Vectorcell a tenté de remuer la vieillerie. Il y a deux manières de voir les choses. Soit on déplore que les développeurs ne fassent pas suffisamment confiance à leur matériau de départ ni aux joueurs accessoirement, soit on salue la démarche de mise à jour dans tous les sens du terme. Les deux analyses se valent̀, mais je pencherais légèrement du côté de ceux qui apprécient qu’un développeur se bouge les fesses, y compris pour un remake. Le hic est que presque toutes les innovations sont malheureuses.
Le premier changement est honorable. Il concerne la maniabilité du personnage, qui accuse son âge en effet. Les déplacements hachés à la Prince of Persia se sont transformés en un enchaînement continu de mouvements plus fluides… mais moins précis. La maniabilité flotte sévèrement, en particulier dans les combats qui sont parfois énervants.
Une autre modification vise à simplifier l’aventure pour les joueurs prétendument plus bêtes ou moins patients qu’il y a vingt ans. L’écran se charge ainsi en indications dont se passaient bien les gamins du dernier millénaire. Puisqu’elles peuvent toutes être désactivées, il est toutefois inutile de s’arrêter à cela. En revanche, il est trop tentant d’appuyer sur la gâchette de sa manette pour utiliser les lunettes de détection. Tous les éléments intéressants s’affichent alors en surbrillance, et la résolution des énigmes s’en trouve nettement facilitée.
La dernière grande innovation concerne l’évolution des capacités. Si vous connaissez Flashback, vous vous demandez peut-être à quoi peut bien servir un système d’évolution ? À rien en fait. À chaque action, votre personnage reçoit des points d’expérience qui donnent lieu à des montées de niveaux. Après avoir réparti consciencieusement vos points de compétences ainsi acquis, vous aurez la désagréable impression que rien n’a changé. Et cette impression subsistera jusqu’à la fin de l’aventure. Cette nouveauté à la mode est inoffensive, mais tellement inutile qu’elle nous fait remettre en doute la pertinence de tous les choix opérés pour ce remake. Dommage…
Dommage parce que ce remake ne mérite pas une critique assassine. Sans m’attarder sur les défauts précités, j’ai pris un certain plaisir à parcourir les niveaux. Certains passages m’ont agacé (le show télévisé en particulier), mais j’ai surtout redécouvert les trouvailles qui ont contribué à la réputation de Flashback, comme ce téléporteur de poche que l’on utilise à sa guise. Cette différence d’interactivité a créé un genre d’aventure qui s’écarte du dirigisme d’un point ´n click, et ce même si la progression est linéaire. Il est encore amusant aujourd’hui de faire joujou avec ses gadgets avant de rentrer dans le droit chemin qui réserve bon nombre de mésaventures jusqu’au combat final. Une fin qui arrivera bien plus facilement que dans vos souvenirs. Les extraterrestres se sont ramollis avec le temps et leur invasion sera déjouée sans trop de casse. Finalement, ce n’est pas plus mal, une durée de vie plus longue aurait fait ressortir encore plus les couacs. Bref, c’est court et tant mieux paradoxalement. Si vous avez plus de temps devant vous, rien ne vous empêche d’aller voir ce qu’on fait de mieux dans le genre, Shadow Complex par exemple.
Juste avant la sortie du remake, la communication de l’éditeur a mis l’accent sur la présence du Flashback original. Un beau cadeau ? Pas vraiment, puisque la pépite d’antan n’a subi aucun traitement et s’affiche dans un mode atrocement fenêtré à l’intérieur d’une borne d’arcade. Curieux, alors que le jeu n’est évidemment jamais sorti en arcade… Autant ne pas compter là-dessus pour rentabiliser votre achat, qui toutefois ne vous coûtera même pas dix euros. À un tel prix, on pardonne beaucoup de maladresses.
Trunks le 05/10/2013
Je me laisserais bien tenter par ce jeu sur PC (surtout qu’il risque de se retrouver très vite en solde sur Steam ^^). Il me fait énormément penser à Shadow complex. Et même si le ton a changé, il m’a l’air intéressant à plus d’un titre. Merci!
spacecowboy le 07/10/2013
C’est quand même le Shadow Complex du pauvre, fais gaffe. La maniabilité, la qualité technique, l’ambiance, la durée de vie, tout est (beaucoup) mieux dans Shadow Complex.
Ce remake de Flashback, il faut y jouer pour retrouver un peu le titre original le temps d’une soirée. Faut voir si ça te suffit, mais pour 10 euros, ce n’est pas une honte.
Trunks le 07/10/2013
Ben honnêtement il m’attire beaucoup mais suis persuadé qu’il sera sur steam pour 2-3 euros aux soldes, j’attendrai jusque là!