
Lastman – Le dernier bon samaritain
Durant les dernières vacances de Noël, afin de passer les longues soirées hivernales, je me suis mis comme beaucoup d’entre vous à visionner des séries de manière compulsive. Dans ma recherche des pépites de l’année qui auraient échappé à ma vigilance, je trouve un nom qui revient dans le top 10 de plusieurs sites français de séries : Lastman. Ce titre ne m’est pas inconnu, moi qui lis de temps en temps la presse spécialisée dans le domaine des mangas et de la japonisation, dans laquelle Lastman a eu droit à deux-trois articles. En effet, Lastman, c’est d’abord une bande dessinée française qui a reçu en 2014 le prix de la meilleure série à Angoulême et puis une adaptation en dessin animé qui devait voir le jour en 2016. La bande dessinée est qualifiée par beaucoup de manga à la française en raison de son style graphique épuré, sa narration très orientée action et son rythme de publication assez élevé (9 tomes en moins de 4 ans). Mais ce n’est pas la BD que j’ai regardée en premier mais bien la série animée diffusée sur France 4 de novembre à décembre 2016. Et quelle claque je me suis ramassée ! Je ne m’attendais pas à voir une histoire adulte et pêchue d’action avec une réalisation très correcte provenant de France et qui pourrait sans problème s’exporter à l’étranger voire rivaliser avec certaines productions du soleil levant. En deux soirées les 26 épisodes ont été vus et après un petit passage sur la case internet et boutiques, les tomes de la bande dessinée ont aussi été dévorés à un rythme accéléré ainsi que le jeu vidéo, Lastfight, qui se déroule dans l’univers de Lastman. Comme vous vous en doutez, j’ai beaucoup apprécié l’univers, les personnages et leurs aventures. C’est pour cela que j’ai décidé de partager avec vous ma découverte en rédigeant un article présentant sommairement la bande dessinée, la série TV et le jeu vidéo. J’espère vous donner l’envie de plonger au cœur de ce monde assez particulier et que vous passerez de bons moments en lisant, visionnant et jouant les aventures de Richard Aldana, Lastman on the job…
Les grands tournois
Commençons par la bande dessinée dont le premier tome est sorti en mars 2013. Celle-ci est le fruit du travail de trois auteurs : Bastien Vivès (scénariste et dessinateur), Balak (scénariste) et Michaël Sanlaville (dessinateur).

De gauche à droite : Balak, Vivès et Sanlaville
Comme je l’avais évoqué plus haut, les auteurs fournissent un rythme de production assez soutenu puisque 9 tomes de 200 pages chacun composent actuellement la bibliographie de l’œuvre en ce début 2017 (avec un peu de chance, le tome 10 devrait être disponible au moment où vous lisez cet article). Le graphisme de la bande dessinée m’a un peu décontenancé au début car même si je ne suis pas critique d’art, j’ai trouvé cela relativement moche et très épuré. Les traits sont très ronds et heureusement qu’une fois passé les premières pages en couleur, le noir et blanc reprend droit car le coloriage des cases fait un peu too much. C’est vraiment le gros point noir pour moi de cette bande dessinée, car son identité visuelle donne l’impression d’un travail brouillon mais une fois passé au-delà, l’histoire, le découpage des scènes d’action et la narration en tiroirs entrainent sans problème le lecteur jusqu’au bout.

C’est quand même un peu brouillon.
Mais arrêtons de parler du contenant et abordons enfin l’histoire de Lastman : la trame de la bande dessinée commence dans la Vallée des Rois, un monde bucolique (un peu comme dans un conte de fées) où la magie est omniprésente. On suit les aventures d’Adrian Velba, un petit garçon de 10 ans qui s’entraine dur pour participer au tournoi de la vallée afin de gagner la Coupe des Champions. Ce tournoi se joue par équipe de 2 et le jour de l’inscription, le partenaire d’Adrian tombe malade. Le forfait se pointe à l’horizon quand soudain Richard Aldana apparaît, étant seul et souhaitant participer au tournoi. Celui-ci persuade Adrian et surtout sa maman Marianne de faire équipe pour participer aux épreuves de ce Kumite magique (révisez votre Jean-Claude Vandamme Illustré). Voilà donc un duo assez improbable : un enfant de 10 ans manipulant assez mal la magie et Richard, un grand castard assez bourru qui parle avec ses poings, à l’assaut des meilleurs guerriers et magiciens du royaume. Pourtant ceux-ci vont s’apprécier et progresser au point de décrocher le titre. Mais une fois la coupe remportée, pas de happy end car l’histoire va emmener nos 3 protagonistes à quitter la Vallée des Rois et à s’aventurer dans un monde plus proche du nôtre, sans « magie », afin de participer à un autre tournoi dans la métropole de Pax Town, celui de la FFFC : la Fight Funeral Fist Club (y aurait pas un mot de trop ?). Un autre personnage important apparaît, celui de Tomie Katana, une ex-conquête de Richard Aldana, qui est d’abord chanteuse puis prendra des fonctions bien supérieures plus tard dans l’intrigue… Toutefois pendant que nos amis vont d’un tournoi à l’autre, les habitants de la Vallée des Rois ne restent pas de marbre et le pouvoir politique en place prend une orientation de moins en moins pacifique alors que dans Pax Town, des terroristes aux super pouvoirs font leur apparition sous le pseudonyme de l’Ordre du Lion…
Voilà en très résumé le pitch du premier cycle couvrant les tomes 1 à 6 et dévoilant un peu les joyaux de la coupe. Le deuxième cycle se déroule 10 ans après les évènements du premier et je ne peux hélas vous en parler sans spoiler gravement le plaisir de la découverte… Par contre je peux vous garantir qu’il y a pas mal de bastons, de scènes d’action et rebondissements. Les protagonistes évoluent entre la Vallée des Rois (royaume médiéval fantastique), Nillipolis (Mad Max) et Pax Town (super métropole) et rencontrent bon nombre de personnages amis ou ennemis assez hauts en couleur. Les situations sont parfois délirantes comme les procès à Nillipolis où les avocats défendent leur client à coup de poing pour la manifestation de la vérité ou les matchs de la FFFC qui rappelleront à certains les combats de catch de leur enfance.

Ils me rappellent des frères connus au PAF mais qui ?
Bref passé outre le style graphique, les aventures de Richard Aldana sont très plaisantes et l’univers dans lequel il évolue est certes caricatural mais très riche. On retrouve dans l’œuvre de Vivès le rythme effréné de l’action ainsi que le découpage en case qui rappelle des shonens comme Dragon Ball. Mais les personnages ont des psychologies plus complexes qu’il n’y paraît et on sent en lisant les tomes que ceux-ci ont un passé bien plus chargé duquel ils ont du mal à s’affranchir….
Le jeu des roitelets
Abordons la série animée éponyme diffusée sur France 4 du 22 novembre au 13 décembre 2016 assez tard dans la soirée (23h) et disponible en VOD. Elle est le fruit d’une campagne de crowfunding malheureuse lancée par la société Everybody On Deck. Pour la petite histoire, la production de la série a dû faire face au départ de son principal sponsor financier en plein milieu de la réalisation, compromettant sérieusement le projet. Seule solution pour pallier le manque d’argent ? Faire appel à la générosité des donateurs qui aurait dû combler un trou de 325.000€. Hélas l’objectif visé n’a pas été atteint et « seulement » 188.000€ ont été récoltés, ce qui explique parfois la baisse de qualité de l’animation et la durée courte des épisodes (12 minutes et demie).

Merci, merci, continuez de donner sur le compte…
Cette première saison de Lastman (espérons qu’il y en ait d’autres) retrace sur 26 épisodes la genèse de la bande dessinée puisque celle-ci se passe 10 ans avant les évènements du premier cycle. On retrouve un Richard plus jeune, qui aime bien faire parler ses poings comme sa grande gueule. Notre héros a de la tchatche et n’hésite pas à placer un bon mot entre deux tatanes. Cependant alors qu’il profite de sa vie pépère en squattant un club de boxe, celui-ci se retrouve embarqué dans une aventure qui le dépasse, devant s’occuper de la fille cachée, Siri, de son entraîneur, Dave Mackenzie, poursuivie par la secte de l’ordre du Lion (tiens, ça me dit quelque chose). Ladite secte a besoin de Siri pour ouvrir un passage vers la Vallée des Rois, décrite comme un paradis perdu. Mais pour ce faire la petite fille est la serrure dont la clé est… la Coupe des Champions (celle qu’Aldana et Adrian gagnent 10 ans plus tard dans la Vallée des Rois). Aidé par le frère de Richard, Howard, son partenaire sur le ring, Duke Diamonds ainsi qu’une Tomie Katana débutant sa carrière artistique, notre héros doit remporter ladite coupe au terme du tournoi de la… FFFC !!! Voilà la boucle est bouclée, si vous avez lu la bande dessinée, vous avez une super préquelle et si vous faites comme moi le chemin inverse, vous comprendrez plus facilement certaines allusions ainsi que le travail de qualité que Everybody on Deck a fourni.

Tous les personnages de la série animée et finalement peu de têtes connues dans la BD.
La série oscille entre deux intrigues principales : d’une part, celle autour de Siri, en proie à une sombre malédiction dont seul un élixir provenant du cœur de roitelets, créatures fantastiques originaires de la Vallée des Rois sévissant à Pax Town, permet d’apaiser les crises et, d’autre part, la conquête de la fameuse coupe de la FFFC. Les épisodes se suivent mais ne se ressemblent pas trop grâce à ces deux lignes directrices entrecoupées d’intermèdes qui critiquent un peu notre société de consommation. Cependant ça donne quand même parfois l’impression de regarder une version animée de Supernatural (le personnage d’Howard ressemblant assez fort à John Constantine dans le look) mélangée à un shonen de combats. Heureusement que des épisodes « stand alone » évoqués plus haut varient les plaisirs grâce à un humour ravageur (citons entre autres « comme un homme d’honneur » ou « ici Pax News »). Certaines répliques sont désormais cultes pour moi comme par exemple : « passe-moi la moutarde », « tire-toi de ma mère » ou « il a une drôle de tronche ton Bernard l’Hermite » et les situations sont parfois aussi délirantes que dans la bande dessinée comme par exemple le combat de la FFFC retransmis dans une prison en pleine émeute… Au niveau de la réalisation, la mise en scène est très bonne (ce qui n’est pas toujours le cas de l’animation), surtout pendant les combats sur le ring qui vous feront penser à la série des Rocky. Mention spéciale pour la musique qui est vraiment top et qui souligne toujours justement l’action.

Je vais te faire une offre que tu ne peux pas refuser…
Tous ces éléments font passer au spectateur (averti) un bon petit quart d’heure qu’on a vite envie de prolonger en regardant l’épisode suivant et vous comprendrez en regardant la bande annonce internationale ci-dessous que Lastman n’est pas qu’un simple divertissement mais une œuvre à part entière dotée d’une âme propre.
LastFight, Super Smash Lastman ?
Bon vu qu’on est sur un site de jeux vidéo et pas de critiques BD, cinéma ou TV, je ne peux passer à côté du jeu s’inspirant de l’univers de Lastman : Lastfight. Celui-ci est réalisé par le studio Piranaking (un studio français s’il vous plaît Monsieur) et est sorti au mois de mai 2016 sur PC puis un peu plus tard au mois de septembre sur PS4 et Xbox One. C’est un jeu de baston en 1 contre 1 ou 2 contre 2 qui est proposé dans des arènes 3D et qui comprend un petit roster de 10 personnages (avec un 11ème en bonus). Il contient des modes histoire, entraînement ou versus (uniquement en local). Le mode histoire permet de suivre les aventures de Richard Aldana ou son partenaire Duke Diamands durant les 10 ans qui sépare la série animée du début de la bande dessinée. Par aventure comprenez des affrontements avec des mutants ayant enlevé Tomie Katana. Bref rien de bien folichon et ne vous attendez pas à des révélations par rapport à l’univers, le jeu couvre juste un évènement évoqué par la BD, l’affrontement Richard-Duke marquant la fin de leur partenariat (et peut-être une évolution du personnage de Tomie mais mystère). 10 combats et le mode histoire est plié, ce qui est assez court pour la durée de vie.

Les arènes sont parfois assez improbables et offrent un relief qui pimente les combats.
Maintenant au niveau gameplay, c’est simple et très convivial. Les personnages se déplacent librement en 3D dans les arènes qui proposent un relief. Ils peuvent donc naturellement sauter pour s’y mouvoir librement mais aussi réaliser des attaques qui sont soit basiques ou fortes. De plus ils peuvent réaliser une esquive, se protéger, réaliser une furie et surtout utiliser les objets ou bonus dispersés au travers de l’arène. Et des bonus, il y en a partout, ceux-ci étant quand même assez délirants allant du bureau au crane de Tyrannosaure Rex, en passant par le bazooka ou lance missiles avec un taux de réapparition frôlant les 10 secondes. Ce qui donne aux combats un rythme effréné et un joyeux capharnaüm à l’écran.

C’est comme ça que ça se finit avec Richard…
Mais soyons clair, ce Lastfight ne restera pas dans les annales du jeu vidéo et même s’il est sympathique avec une réalisation correcte, on est plus face à un produit dérivé destiné aux fans mais ne leur proposant pas ou peu de contenu inédit à l’univers qui leur est cher (juste le plaisir de botter des culs avec Richard Aldana).
Une oeuvre transmedia assez bien réussie
Bon je ne pouvais pas finir cette présentation sans un petit mot de conclusion. Lastman c’est plus qu’une bande dessinée, une série animée ou un jeu de combat, c’est un univers assez déjanté mélangeant heroic fantasy, monde post-apocalyptique, dystopie, magie, mutants et combats de catch-boxe. Bref un melting pot complètement fou mais très agréable à suivre principalement grâce à son héros, Richard Aldana, bad boy au grand cœur, à la tchatche sans faille et au style de combat digne de Rocky (j’encaisse et puis je contre-attaque). Et même si la Belgique est le berceau du 8ème art, cette production française vaut la peine de s’y plonger et démontre qu’en Europe on peut réaliser des œuvres qui rivalisent avec les comics américains ou les mangas japonais, il faut juste la passion et surtout les moyens de ses ambitions pour que le talent puisse s’exprimer. Lastman c’est un coup de poing de l’animation française en pleine face et des uppercuts pareils, je veux bien en recevoir plein…
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