
Octahedron – In da club
Tous les jeux indé ne sont pas nés sous la même étoile et les apparences sont parfois trompeuses. Octahedron, par ses graphismes simplistes et son positionnement, a tout du petit jeu qu’un amateur a créé tout seul chez lui. Et c’est d’ailleurs le cas, mais il ne faut surtout pas s’arrêter à ce constat. Octahedron a un parrain célèbre, Square Enix (Collective), qui veille à la réussite de son filleul.
Square Enix Collective est un fournisseur de services aux indépendants, de la communication à l’édition. Parmi les projets soutenus, on trouve notamment The Turing Test et Fear Effect Sedna. Dans le cas d’Octahedron, Square Enix Collective fait office d’éditeur et a sans doute apporté une bonne grosse dose d’expertise à Marco Guardia, le créateur du jeu. Marco Guardia est à la base un musicien et ingénieur du son, qui a notamment contribué à la restauration de la BO de Street Fighter II pour sa sortie CD et vinyle chez la maison de disques Brave Wave. Son autre passion étant le jeu vidéo, il a eu envie de combiner les plaisirs et de réaliser un jeu (via son studio Demimonde) avec quelques morceaux à lui dans la bande-son (sous le nom d’artiste Monomirror).

J’espère que vous aimez le flashy ?
C’est ici que nous allons perdre quelques lecteurs. Octahedron n’est pas un jeu pour tout le monde, oh que non ! Il se situe en effet dans la branche (très) difficile et (très) énervante du jeu de plateformes et n’en a rien à faire si vous ne suivez pas le rythme. « Tant pis si ça ne vous plaît pas », semble nous dire Octahedron à longueur de partie. J’ai rarement vu un aussi bon jeu que je déconseillerais à la grande majorité des joueurs. Pour les autres, il y a plein de qualités que je vais vous décrire ci-dessous.
Octahedron se déroule dans un monde souterrain duquel il faut s’échapper par le haut. On y dirige un humain qui possède une capacité et une seule : il peut créer une plateforme temporaire sous ses pieds et, si nécessaire, surfer dessus à l’horizontale pendant un court instant. Au début de chaque niveau, on nous informe du nombre de plateformes qu’il est capable de construire avant de devoir recharger son pouvoir (en reposant sur une surface fixe). Ce nombre est très variable, de un à cent, et change complètement les choses à l’exception d’une constante : il est tout juste suffisant pour ce que vous avez à faire. La structure des niveaux est diabolique et ne laisse pas de mou, c’est du sur-mesure haute couture à chaque stage !
L’aventure comporte cinq mondes. En une petite dizaine d’étapes, vous pouvez accéder à la fin du monde en question, mais seulement si vous atteignez le score de collecte fixé. Vous ne pouvez donc pas vous contenter de terminer les niveaux, il faut aussi les explorer correctement. Vous trouvez ainsi sur votre passage des ampoules suspendues, qu’il faut casser afin de libérer des fleurs à un autre endroit du niveau, pour un score maximal de 30 fleurs.

Des ampoules et des fleurs
Une fois que vous avez atteint l’objectif chiffré du monde, vous obtenez une amélioration de votre pouvoir. Votre capacité à créer des plateformes vous servira alors de rayon destructeur ou de mâchoire fatale. Pas besoin de vous faire un dessin, cela annonce l’arrivée d’ennemis. Rien de tel pour vous enquiquiner dans votre progression verticale et vous dévorer un cœur de vie. Après la perte de trois cœurs, retour au point de contrôle précédent… qui peut se trouver très loin en contrebas. Rageant quand on approche de l’arrivée, ce qui arrive quasiment à chaque fois que l’on découvre un nouveau niveau. Maîtrisez vos nerfs et recommencez après un échec, la réussite est à ce prix !
Finir les cinq mondes demande déjà un investissement considérable, et quand ‘y en a plus, ‘y en a encore ! Outre les fleurs, les niveaux renferment aussi huit petites pièces à collecter. Huit, comme les faces d’un octaèdre (d’où le nom Octahedron). Ce petit objectif supplémentaire impose encore une maîtrise supplémentaire du jeu et des efforts de réflexion pour comprendre certains mécanismes. À ce propos, la variété des niveaux est absolument magistrale et offre un défi nouveau à chaque stage, soit une cinquantaine d’épreuves différentes en autant de niveaux et toujours avec un équilibrage parfait ! Octahedron se savoure donc sans sensation de répétition, que vous décidiez de relever ou non le défi d’aller chercher toutes les faces de l’octaèdre.
Enfin, Octahedron ne serait pas ce qu’il est sans son style très particulier. Vous le voyez sur les images et la vidéo, l’univers souterrain est à la fois sobre et halluciné. Les couleurs et les flashs explosent partout sur le fond noir ; on se croirait en boîte de nuit. On s’y croit encore plus avec ce qui nous arrive dans les oreilles. Marco Guardia exploite toute sa bouteille dans le secteur de la musique pour conférer une image de marque à son jeu. Bien sûr, il faut aimer la dance et la trance, mais l’ensemble est de haute volée. D’autant plus que le développeur sait s’entourer, en l’occurrence du DJ et producteur Andre Sobota, mais aussi et surtout de l’artiste Chipzel.
Chipzel est devenue l’une des grosses pointures de la chiptune. C’est cette musicienne nord-irlandaise qui vous fait remuer sur la bande-son de Spectra, Super Hexagon et Interstellaria. Pour l’occasion, elle sort un EP de quatre titres sur la BO de Octahedron. Comme toujours, son sens du rythme est magique et ses compositions ont du chien (plutôt un méchant chien sur Octahedron). Ses morceaux se mettent au diapason de la trance, mais glissent aussi allègrement vers la chiptune, le genre de prédilection de la fascinante Chipzel.
Octahedron est disponible sur PC, PS4 et Xbox One au prix de 13 euros.
Note
16/20
Difficile de vous conseiller Octahedron inconditionnellement, puisqu’il va dégoûter la plupart d’entre vous en quelques minutes. Les autres, qu’on espère nombreux, s’amuseront comme des petits fous à escalader ce jeu de plateformes à la précision impeccable et à la rigueur intransigeante. Généreux en contenu, Octahedron possède aussi une identité très marquée grâce à son style graphique et surtout à sa musique club de premier choix. Brillant, pour ceux qui ne seront pas trop éblouis par les stroboscopes.
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