Gears Tactics, l’improbable réussite

Gears Tactics, l’improbable réussite

Gears of War, licence majeure dans l’industrie du TPS sur console, fut une éclatante réussite. Ses deux premiers épisodes ont surpris le public, proposant un ingénieux système de couverture, avec un gameplay lourd et brutal. Le scénario n’était pas exceptionnel mais fut grandement amélioré avec le deuxième opus, tel Halo 2 en 2004.

Pour la première fois depuis 2006, la licence Gears of War s’aventure sur un chemin inconnu. TPS majeur créé par Epic Games, la saga est toujours restée en terrain connu. Lorsque le jeu fut annoncé à la suite de Gears POP!, la surprise pour les fans fut grande, positivement et négativement. La saga était en déclin total lors de son annonce à la suite de Gears of War 4, qui eut un accueil mitigé.

Ce nouveau-venu n’a pas reçu les meilleurs éloges à son annonce, passé loin des projecteurs et ne profitant pas d’un marketing soutenu ; Microsoft ne semblait pas avoir confiance en cet épisode.

Après un Gears 5 prouvant que The Coalition est capable du meilleur, que vaut ce Gears Tactics ?

La nostalgie comme mot d’ordre

The Coalition semble avoir entendu les critiques de Gears of War 4 et Gears 5. Le jeu s’inspire beaucoup plus de la première trilogie que de la seconde. Que ce soit au niveau du character design, de la direction artistique ou son ambiance, Gears Tactics sait parfaitement quel chemin emprunter pour séduire ses anciens fans, et cela fonctionne. Le jeu se déroule au moment de l’émergence, l’arrivée des locustes depuis leurs galeries sous terre. Des personnages déjà connus tels que Prescott font leur apparition, et les nouveaux-venus sont plaisants à incarner.

Vous prenez le rôle de Gabe Diaz, père de Kate Diaz (le personnage principal de Gears 5) pourchassant Ukkon, un locuste savant fou servant d’ingénieur pour la création de différents locustes dans l’armée de la reine Mirah. La ville est totalement dévastée par les tirs des rayons de l’aube suite à l’émergence et il vous faudra recruter des survivants pour venir à terme de l’objectif principal. Le scénario est bien ficelé et révèle quelques surprises sympathiques. Bien que l’on joue à Gears pour admirer les différentes façons d’ouvrir les estomacs locustes, il peut arriver de brancher son cerveau et d’aimer une bonne histoire, c’est bel et bien le cas ici. Le scénario est très bien amené, à l’aide d’une mise en scène de qualité.

Le rythme du jeu est quant à lui plutôt lent. Tantôt tranchant dans le vif, tantôt proposant des quêtes secondaires ô combien inintéressantes et répétitives, Gears Tactics souffle le chaud et le froid. Une impression d’avoir voulu faire du remplissage afin de rallonger la durée de vie se fait grandement ressentir. Les missions secondaires ne changent pas au fur et à mesure des chapitres, et vous proposeront toujours de chercher du ravitaillement ou libérer des prisonniers. Il arrive par moments que le jeu vous fasse attendre une grande bataille à la mission suivante mais qu’il faille bien évidemment aller chercher une fois de plus des munitions pour celle-ci. Et hop, une heure de jeu en plus, malins les bougres.

En parlant du scénario, celui-ci vous emmène en terrain connu mais l’approfondi. Cet opus cherche à conquérir de nouveaux joueurs et cela se ressent sans pour autant être un défaut. La mise en scène contribue beaucoup à l’intérêt de l’histoire. Elle se rapproche beaucoup de Gears of War 2 et 3, logique me direz-vous, cela se déroule à la même époque, mais Gears Tactics apporte un vent de fraîcheur avec des personnages nouveaux mais loin d’être inintéressants. Il est dommage que le rythme soit ralenti par les objectifs secondaires, car cela aurait beaucoup profité au jeu de les enlever ; à défaut de jouer 6 ou 7h en moins, le jeu aurait été plus rythmé.

L’écriture est fidèle à la licence, proposant de nombreux dialogues nanardesques assumés. Ukkon, le protagoniste principal, se voit doté d’une création particulière et ses différentes actions font monter la pression au fur et à mesure de l’aventure. Certes, ce personnage ne vaut pas Skorge de Gears of War 2, véritable machine à tuer, mais The Coalition s’en est clairement inspiré. Impressionnant et intrépide, Ukkon est intelligemment bien construit.

Ukkon

Un X-Com sauce 4 tripes ?

Si ce Gears Tactics propose une ambiance propre aux premiers opus, le gameplay est bien son grand intérêt. Empruntant beaucoup à la saga des X-Com, celui-ci arrive à proposer des nouveautés rafraîchissantes et propres à la série des Gears of War. Les capacités telles que la vigilance, les exécutions ou les améliorations d’arme (la tronçonneuse est toujours aussi efficace) permettent de proposer un gameplay bourrin propre aux Gears tout en diversifiant ce que X-Com a proposé auparavant. Le système de déplacement est en revanche étonnamment brouillon, ne montrant pas la possibilité d’avancée maximale par personnage. Souvent, vous pourrez avancer votre personnage de manière plus efficace que le jeu ne vous propose, ou l’inverse.

Le gameplay est simple à comprendre et se diversifie tout au long de l’aventure, apportant un bestiaire varié et intéressant à combattre. Tout au long de l’aventure, vous obtiendrez des caisses de différentes raretés permettant d’améliorer vos armes et armures. Cette feature aurait pu être très mal vue si lesdites caisses étaient à obtenir via un système de micro-transactions, heureusement, The Coalition n’en a pas inclus. Vos personnages se déplaceront avec des points d’action et la brutalité des coups donne une certaine vivacité au titre. Le jeu souhaite s’approcher du genre tactical et pourtant, les têtes explosent, le sang coule à foison et les corps se déchirent, pas de doute, il nous rappelle à de nombreux instants que nous jouons à un Gears of War. Et celui-ci n’a jamais compté s’en écarter. Si les XCOM nous ont attirés par leur gameplay et leur façon de gérer les troupes, Gears Tactics fait honneur à son aîné et se permet d’intensifier la formule.

Du bon Gears comme on l’aime

Pour chaque mission, vous choisissez la composition de votre équipe. Il y a 4 différentes classes : sniper, soutien, assaut et lourd, comme dans la horde de Gears of War 4. La modification des personnages est très réussie, permettant de vous créer une belle équipe de bras cassés ou de dieux sur terre. La formule améliore un poil l’excellent gameplay qu’avait proposé XCOM 2 il y a 4 années de cela pour vous tenir en haleine de nombreuses heures. La durée de vie du titre est très honnête, environ 35h pour en venir entièrement à bout. Il est dommage que cette belle durée soit fort entachée par des missions secondaires répétitives et inintéressantes.

Ce n’est pas parce que c’est l’apocalypse que l’on ne peut pas se faire une belle chevelure

Une technique sublime saupoudrée d’une soundtrack plaisante

S’il y a bien un point où Gears Tactics brille, c’est sa technique. Les cinématiques sont d’une grande beauté et jamais un jeu tactique n’aura été aussi beau. Les effets de lumière subliment tous les lieux, permettant une immersion accrue. La série des Gears of War nous a habitués à placer la barre haut en termes de graphismes et Gears Tactics ne déroge pas à la règle. Le tout est magnifié par une soundtrack étonnamment bonne. S’il y a bien un style de jeu où l’on n’attend pas la soundtrack, c’est celui-ci. Pourtant, les différentes musiques du jeu ajoutent un parfum enivrant à la mixture. Les voix françaises sont elles aussi relativement de bonne qualité, mention spéciale à Cole Train le bourrin.

Toutefois, si la musique est bonne, elle ne terminera pas dans votre playlist préférée sur Spotify. Elle permet d’efficacement accompagner le jeu, voire d’y amener une touche d’émotion, mais cela ne va pas plus loin.

Note

16/20

C'est un pari réussi pour The Coalition, qui a souhaité attirer les fans d'un autre genre afin de renouveler intelligemment sa recette. Si elle n'est pas parfaite, nous ne pouvons qu'espérer le meilleur pour une potentielle suite. Avec son ambiance propre aux anciens opus, chers dans le cœur des fans, son gameplay tranchant et son histoire bien ficelée, Gears Tactics propose aux nouveaux-venus une histoire fraîchement revisitée. Il réinvente du neuf avec du vieux. Souvent plaisant, il peut néanmoins devenir répétitif avec des quêtes secondaires trop peu intéressantes. Passé ce détail, le scénario prend le joueur par la main et lui susurre « regarde, Gears of War, ce n’est pas qu’un jeu bourrin ». Tant adressé aux néophytes qu’aux vieux fans hardcore, Gears Tactics est un jeu qui n’a pas souhaité mettre la barre trop haut, mais simplement la placer dans le cœur des joueurs.

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